Sentir le printemps : quand une odeur réveille le cerveau

19 avril 2026 Par MPLavoiePsychologue

Sentir le printemps : quand une odeur réveille le cerveau

On parle souvent du printemps comme d’un moment qui se voit : la neige qui fond, la lumière qui revient, les arbres qui bourgeonnent.
Mais le printemps, ça se sent aussi.

Cette odeur si particulière après la pluie, ce mélange de terre, d’humidité et d’air frais… elle porte un nom : le pétrichor. C’est le parfum qui se dégage lorsque le sol se réchauffe et que certaines bactéries libèrent des composés dans l’air, notamment au moment du dégel.

Et si cette odeur vous fait du bien, ou vous transporte ailleurs, ce n’est pas un hasard.

Pourquoi les odeurs sont si puissantes

Parmi tous nos sens, l’odorat est particulier.

Il est directement connecté aux régions du cerveau impliquées dans les émotions et la mémoire, comme l’amygdale et l’hippocampe. Contrairement aux autres sens, il ne passe pas par plusieurs “filtres” cognitifs.

Résultat : une odeur peut déclencher une émotion… avant même qu’on en soit conscient.

C’est pour ça qu’une simple odeur peut nous ramener instantanément à un souvenir précis. Un moment, une personne, une époque. Comme si on y était. Il vous est sûrement déjà arrivé de sentir un parfum et, sans vous y attendre, d’être replongé intensément dans un souvenir ancien que vous pensiez oublié.

On dit souvent que les odeurs sont comme un portail vers nos souvenirs. C’est ça, leur puissance.

Pourquoi le printemps sent plus fort

Les odeurs de printemps ont souvent quelque chose de marquant. Et ce n’est pas juste dans votre tête.

D’abord, elles arrivent après plusieurs mois où nos sens ont été moins stimulés. L’hiver, on sort moins, et le froid atténue les odeurs. Quand elles reviennent, elles semblent plus intenses.

Il y a aussi un effet de contraste : après une période plus monotone sur le plan sensoriel, le cerveau est plus réceptif et les odeurs nous apparaissent plus marquées.

Les odeurs sont aussi fortement associées à un contexte : une saison, une période de vie, une émotion,  ce qui renforce leur impact avec le temps.

L’humidité joue également un rôle. Un air plus humide transporte mieux les odeurs, ce qui les rend plus perceptibles.

Mais surtout, le printemps représente une transition importante pour notre cerveau. Après un ralentissement hivernal, il entre dans une phase de réactivation. Les odeurs deviennent alors un signal parmi d’autres que “quelque chose change”.

Une expérience qui nous ressemble

Certaines odeurs sont généralement perçues comme agréables. D’autres, moins.

Mais au-delà de ça, notre rapport aux odeurs est profondément personnel.

Une même odeur peut évoquer du réconfort chez une personne… et de la tristesse chez une autre. L’odeur des lilas, par exemple, peut être associée à un renouveau pour certains, alors que pour d’autres, elle rappelle un moment plus difficile, comme la perte d’un être cher. Tout dépend des souvenirs qui s’y rattachent.

Au Québec, où les saisons sont très marquées, les odeurs de printemps prennent souvent une signification particulière. Elles annoncent une transition attendue, parfois même un soulagement.

Mais elles peuvent aussi faire remonter des souvenirs plus nuancés. Et c’est normal.

Un petit coup de pouce pour l’humeur

Les odeurs de printemps agissent comme un signal de “réveil” pour le cerveau.

Elles peuvent favoriser des émotions positives, raviver des souvenirs agréables et contribuer à un état d’esprit plus ouvert. Elles s’ajoutent à d’autres changements : plus de lumière, plus de mouvement, plus de contact avec l’environnement, ce qui contribue notamment à soutenir la production de sérotonine.

Bien que ce ne soit pas un traitement en soi pour la dépression saisonnière, les odeurs printanières peuvent soutenir l’amélioration de l’humeur, notamment en donnant envie de sortir, de bouger, de s’aérer.

Des odeurs qui apaisent… et d’autres qui alertent

Certaines odeurs liées à la nature, comme celles de la forêt ou des conifères, sont reconnues pour leurs effets apaisants.

En forêt, par exemple, on respire des phytoncides, des composés libérés par les arbres, qui peuvent contribuer à calmer le système nerveux.

Certaines huiles essentielles, comme la lavande ou la camomille, sont aussi associées à une diminution de l’anxiété et favorisent le sommeil.

À l’inverse, certaines odeurs corporelles liées au stress peuvent agir comme des signaux d’alerte. En effet, lorsque nous sommes soumis à un stress, les glandes des aisselles et du cuir chevelu produisent une odeur différente de celle liée à la chaleur. Cette odeur pourrait agir comme un signal d’alerte pour les autres, en lien avec un danger potentiel. C’est un mécanisme très ancien qui aurait contribué à notre survie.

Et si on prenait le temps de sentir?

On pense souvent à ralentir en regardant le paysage.
Mais on peut aussi ralentir… en respirant.

Porter attention aux odeurs, prendre quelques secondes pour les identifier, observer ce qu’elles éveillent en nous, c’est une façon simple de se reconnecter à son environnement.

Dans ma pratique, j’utilise parfois ces micro-expériences comme porte d’entrée vers ce qu’on appelle l’écothérapie : une approche qui mise sur le contact avec la nature pour soutenir le bien-être psychologique. Observer les premiers signes du printemps peut d’ailleurs être particulièrement porteur d’espoir.

Et si le printemps tarde à se faire sentir dehors, il est toujours possible de stimuler ses sens autrement, en s’exposant à des environnements, des odeurs ou des ambiances qui évoquent cette saison. Pourquoi ne pas visiter un centre jardin? Vous y trouverez parfois un avant-goût du printemps.


La prochaine fois que vous sentirez la pluie tomber sur un sol qui dégèle, prenez une seconde. Respirez.

Votre cerveau, lui, est déjà en train de se souvenir.

Marie-Pier Lavoie
Psychologue

Auteure de Le cerveau en hiver : astuces scientifiques pour prévenir et soigner la déprime saisonnière

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